Makatea: les Tuamotu pas typiques...: 17-23 janvier


Makatea est pour nous une île ambivalente. Pourquoi? C’est la plus à l’ouest des îles de l’archipel des Tuamotu et elle n’est cependant pas similaire aux autres îles de cet archipel qui sont toutes des atolls: c’est à dire le prolongement chronologique d’ îles hautes nées d’éruptions volcaniques. Ce schéma aide à comprendre.

Etape 1: volcan actif

Etape 2: Tahiti, Moorea...

Etape 3: Maupiti et Bora Bora

Etape 4: les Tuamotu

Makatea a atteint un autre stade dans son histoire géologique. Une nouvelle poussée verticale en a fait un atoll soulevé avec des falaises de 80 mètres. Son plateau intérieur, une vraie cuvette, fut un temps rempli de phosphate. De 1906 à 1966, Makatea a été exploitée pour cette manne naturelle devenant ainsi le fleuron de l’économie polynésienne. Ce passé d’un demi-siècle industriel se laisse découvrir à présent à travers ses ruines envahies par la jungle. L’île allie la beauté dramatique des falaises, à une végétation luxuriante, une longue plage de sable blanc avec cocotiers et un plateau ressemblant à un immense champ de mines, où se mêlent le noir minéral et le vert tropical.












 Julien, le maire âgé de 76 ans, nous fait découvrir son île pour laquelle il ressent une fierté ponctuée aussi d’une certaine ambivalence. Lors de son enfance et adolescence, il y avait ici un cinéma, tout l’île avait l’électricité, et l’école était un melting pot de langues. Selon lui, ce n’est pas le supposé épuisement des réserves de phosphate qui a mis fin à cette épopée industrielle, mais le déplacement de la main d’oeuvre qualifiée (venant de Chine, des îles Cook..) et des ingénieurs européens pour les besoins du programme des essais nucléaires ayant débuté trois ans plus tôt dans les îles voisines de Moruroa et Fangataufa. La population de l’époque côtoyait les 4000 habitants, aujourd’hui ils ne sont qu’à peine 100 à vivre sur cette île, un peu coupés du monde. Pas d’aérodrome, pas de vrai port... l’économie tourne autour de l’exploitation du coprah (le résidu sec de la noix de coco), drôlement subventionné par l’état afin de maintenir la population sur ces îles, et d’un peu de tourisme.

Comment vient-on ici en tant que touriste? L’ambivalence pour nous continue... Il y a cinq bouées de corps-morts (enfin quatre, car une a été emportée par une tempête en décembre, c’est rassurant...) pour recevoir les voileux arrivant de Tahiti (36 heures pour nous) . Rangiroa est à trois heures par navette rapide principalement pour les collégiens qui rentrent aux vacances scolaires. Il n’y a pas de lagon, donc aucun mouillage protégé des vagues et de la houle (nous sommes en plein Pacifique..), et une darse accessible seulement en annexe, ce qui fait que, à part à notre arrivée où il y avait pétole, nous avons passé 48 longues heures dans une vraie “machine à laver”: vent de 20-25 noeuds, houle de trois mètres... et le bateau qui se “dandine” allègrement à seulement 50 mètres du récif (pour rappel une des bouées a cassé...) Bref, pas le mouillage le plus confort et légèrement stressant à mon goût. Vue la taille des vagues, nous ne pouvons même plus débarquer sur l’île... donc cuisine (équilibriste, on n’imagine même pas en monocoque...), bouquins, jeux et films sont au programme....

L’ambivalence d’un futur possible? Il y a une dizaine d’années, Julien -à la tête de l’île depuis maintenant 30 ans- a rencontré un industriel australien qui voulait redémarrer une activité minière du phosphate, mais le projet semble bloqué pour des raisons “administratives” à Papeete. Cependant, pour la première phase, quelques locaux ont été formés à l’escalade pour descendre dans les mines. Tapu, le fils de Julien, a en conséquence démarré une activité touristique d’escalade et de via ferrata. La présence d’un réseau de grottes inondées laisse envisager un potentiel touristique dans la plongée.



Lors de cette journée découverte, nous dégustons chez Julien la spécialité culinaire locale: le crabe des cocotiers qui se chasse la nuit (un grand crabe -ressemblant à un homard- au goût plus terrien que marin).



A notre retour au “port”, la goélette qui ravitaille plusieurs des îles des Tuamotu effectue son débarquement via un va-et-vient sous stéroïdes d’une petite barge. Il y a 70 ans pour apporter le phosphate aux minéraliers la technologie était plus avancée... Le port, le matin même où il n’y avait pas une âme (à part nous cherchant le seul point 4 G sous le lampadaire), voit la frénésie du tiers de la population îlienne. Bières, eau, PQ, essence sont les principales denrées importées.







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